STRICTE OBSERVANCE TEMPLIERE
Ordre du Temple rétabli et renouvelé

 

 

 

Carl Gotthelf, freiherr von Hund und Alten-Grotkau
   
  Carl von Hund 
Carolus Eques ab Ense
1722-1776
 

Qui était Carl Gotthelf, freiherr von Hund und Alten-Grotkau, fondateur de la Stricte Observance ?

Reprenons un extrait du discours lu à l’occasion de ses obsèques « A l’honneur de feu sa grandeur révérendissime Charles de Hund » : « Sa naissance était si illustre que, déjà du temps des croisades, ses ancêtres, ayant fait preuve d’au-moins 16 quartiers de noblesse, commandaient des corps de chevaliers. Le premier de sa branche avait ses terres dans la Silésie et dans la Lusace. Il décéda vers le milieu du 14ème siècle. Le baron seigneur libre Carl Gotthelf von Hund und Alten-Grotkau héritait par son défunt père des terres de Manua, Reuten, Lieszke, Merzdorf, Beewalde, grosschweidnitz, Dolgowitz, et Lipse et possédait les terres d’Unwurde et de Kittlitz. Il fut conseiller d’état de Sa Majesté l’Impératrice, conseiller intime de Sa Majesté l’empereur Charles VII, chambellan de Sa Majesté le Roy Auguste III de Pologne, électeur de Saxe, chef des Etats de Haute-Lusace, chevalier de l’Ordre de Sainte Anne de Russie. »

   
  Blason des Hund  

Charles de Hund naquit à Manua, l’un de ses fiefs, dans la Haute-Lusace, le 11 septembre 1722, il fut orphelin à l’âge de 14 ans. Epris de la  fille du gardien de  ses terres (Casper Heinrich von Rodewitz), décédée à l’âge de 16 ans, il décida d’opter pour le célibat. A 19 ans, ses études le mènent à Leipzig. Initié le 20 mars 1742 à Francfort-sur-le-Main, il fréquente la Loge « Les Trois Marteaux » de Naumbourg.

Selon Saint-Germain, le baron Rod de Koenisberg et le maréchal d’empire et chevalier teutonique von Bieberstein ont précédé Hund en maçonnerie templière. Cependant, la première loge de la Stricte Observance est fondée en 1751 au château d’Unwurde, à l’instigation du baron de Hund et avec l’aide des frères Jacques et Georges Schmidt, de M. de Schoenberg, tous trois officiers du régiment d’infanterie du prince de Saxe, ainsi que des frères von Tanner et Charles Henri Louis Jacobi. Baptisée « Les Trois Colonnes », elle symbolisait ainsi la renaissance et la stabilité du nouvel Ordre. Entre 1750 et 1751, au cours d’une des nombreuses réceptions données dans son quartier général de Kittlitz, Charles de Hund, « Chevalier de l’Epée » de l’Ordre, reçu  la visite du général écossais et éminent maçon, James Keith. Ce dernier influença probablement la suite du développement de la Stricte Observance.

   
  L’église de la Trinité à Kittlitz,
rebâtie par Carl von Hund
 

Les fondateurs de l’Ordre ont œuvré dans le sens d’un régime maçonnique à vocation chevaleresque, dans l’esprit du 18ème siècle, un Ordre du Temple rétabli et renouvelé. Un plan économique prévoyant la mise en commun des biens des frères fut présenté. S’agissait-il de racheter quelques biens des anciens templiers, de préparer un débarquement des Stuarts en Ecosse ou favoriser la fondation d’un état libre sur le sol nord-américain ? La guerre de 7 ans (1756 - 1763) met un terme à ce type de projet. Si la Stricte Observance compta parmi ses membres presque tout le gotha de l’Europe continentale (Prusse, Allemagne, Russie, Pologne, Autriche, Italie), aristocrates et militaires de haut rang, Hund, gentilhomme passionné, dut faire face aussi à des  profiteurs, opportunistes et escrocs. Les détracteurs de l’Ordre ne manquaient jamais d’en faire état. La vigilance était, et reste, toujours de mise.

Kittlitz avec son faubourg d’Unwuerde se situe près de Lôbau en Haute-Lusace. La famille de Hund acquiert  une  propriété au début du 16ème siècle par le mariage de Wenzel von Hund et de Marguerite de Nostitz. Charles de Hund ayant dépensé sa fortune pour sa cause, proposa à l’Ordre la vente de ses biens pour une somme très avantageuse mais celui-ci refusa. Il céda alors le château d’Unwurde en 1769 et ses terres à la comtesse Isabella von Salmour. Charles de Hund avait procédé à la reconstruction de l’église de la Sainte Trinité de Kittlitz. C’est à cette époque qu’il dissimula des documents de la Stricte Observance, dans une boite conservée près d’une chapelle collatérale. Il existe beaucoup de vestiges de l’époque de Hund, en dehors du château reconstruit en partie après l’incendie de 1933, notamment, la chapelle funéraire de la famille Hund, des blasons dans les murs, l’église et ses secrets…

Aujourd’hui, le château est propriété de monsieur Pohlank. Unwurde et fait partie de Kittlitz depuis janvier 2003.

   
  Blason des Hund (Style baroque)  

En 1773, au retour de la visite de la Loge « Charlotte Aux Trois Œillets » et son chapitre de Meiningen, Hund tomba gravement malade. « L’an 1776 et le 8ème jour de novembre, à la première heure du matin, trépassa très pieusement dans le Seigneur, muni de tous les sacrements, le très illustre, très noble, généreux et aime seigneur Carl Gotthelf, baron de Hund et d’Alten-Grottkau, conseiller d’Etat de sa majesté impériale, conseiller privé du Tsar de Russie, titulaire de l’Ordre russe de Sainte-Anne, le chevalier de l’épée, seigneur généreux de Lipsa, Manau et Luntenbeerwalde en Oberlausitz ». La chronique municipale indique qu’à l’approche de sa mort, « Hund fit venir plusieurs membres de l’orchestre de la cour de Saxe-Meiningen auprès de lui, tira les rideaux de son lit et s’éteignit au son d’une douce musique ». Elle ajoute : « accompagné par son altesse protecteur de la loge et souverain, le jeune duc de Saxe-Meningen, alors âgé de 21 ans. Son enveloppe terrestre fut amenée en cortège solennel avec tous les honneurs dus à un supérieur de l’Ordre, et au son de toutes les cloches, avec quatre heures de trajet jusqu’à Mellrichstadt. Le cortège funèbre s’ébranla dans l’ordre suivant : devant marchait à cheval un serviteur du frère Von Kebler, suivaient alors : une voiture à 4 chevaux avec le valet de chambre du défunt, le char funèbre attelé à six chevaux, décoré avec le heaume, les distinctions de l’Ordre, déposées sur un coussin de satin bleu avec des tresses d’or, l’épée, la lance du pavillon et les éperons. Suivaient de nombreuses voitures et serviteurs en livrées aux couleurs du duc de Saxe. A l’arrivée à Mellrichstadt, Hund fut porté dans l’église Saint-Kilian par les membres du conseil de ville. On le plaça dans le tombeau au pied du maître-autel, enveloppé dans son manteau de Grand Maître, avec la croix de l’Ordre, les mains et les pieds convenablement disposés. A son annulaire, l’anneau portant l’inscription N.V.I.O. Nulla vi invertitur ordo, par aucune force l’Ordre ne sera renversé ».

   
  Eglise Saint-Kilian de Mellrichstadt
où Carl von Hund, fut inhumé en 1776
 

Voici résumées la vie et la mort du fondateur de l’Ordre Illustre de la Stricte Observance et de sa Grande Loge Ecossaise. Cet homme de bien, décrit de taille moyenne, d’une élégance discrète dans le vêtement, de bonnes apparences, hospitalières et généreuses, n’avait-il pas déclaré lui-même en 1766 : « J’ai servi l’Ordre en honnête homme pendant 21 ans, en négligeant tout ce que ma naissance et ma noblesse auraient pu me donner auprès des ducs et des princes ». On lui doit aussi cette citation sur la franc-maçonnerie tirée des toutes premières règles de la Stricte Observance. « L’adhésion à la franc-maçonnerie peut provenir d’incitations bien différentes, ces incitations détermineront le zèle et la conduite d’un frère nouvellement reçu. Certains viennent à l’Ordre mus par un respect particulier qu’ils ressentent à son égard: ils y voient tant d’hommes raisonnables unis entre eux, cela leur plait, et ils souhaitent faire partie de cette chaîne. Ce motif-là est le plus beau de tous ». Alain Bernheim écrit : « la Stricte Observance interroge pour deux raisons : C’est la première fois après 1743, que le thème de la chevalerie fait son apparition dans la franc-maçonnerie non plus de manière générale après le discours de Ramsay, mais comme chevalerie templière, fondement d’un système maçonnique, mais aussi parce qu’elle remplacera pendant vingt ans et presque partout en Allemagne et en Europe de l’est la maçonnerie anglaise ».

Elle restera un vaste sujet d’études et de réflexion pour les historiens, une voie à suivre pour les frères et les sœurs de la Stricte Observance.

(Photos de Peter Emrich Löbau)

1751 - STRICTE OBSERVANCE TEMPLIERE - 1995